RESEAU

jeudi 7 août 2014

Cache-cache

Horreur !
Malheur !
J'ai perdu ton grain de beauté.
Alors,
je te tourne,
je te retourne,
je le cherche avec mes doigts
de fée emplumée.
Le petit con se cache
dans des endroits
impossibles
et indicibles.
Je tâte,
je tâtonne...
Mais finalement,
c'est toi qui le retrouves :
il s'était endormi
contre moi.

Gobe la mouche !

Le soir tombe
en boucles lourdes
et odorantes.
Le cri d'un pneu
écrase
sur la vitre
les deux mouches
qui depuis vingt minutes
s'appliquaient à copuler.
Pour faire des bébés mouches.
Immanquablement,
inévitablement
fatalement
conquérants.
Interdits de tapette,
c'est un mot protégé.
Interdits de blanquette,
c'est un plat protégé.
Alors, pour avoir la paix,
on ouvre la fenêtre
ou on appelle le chat.

mercredi 6 août 2014

Matin-poubelles

Résumer la vie
en un quart-d'heure :
dehors, les chats,
les poubelles,
plastiquées.
Le voisin
qui arrose.
Dedans,
la bouffe à faire
les cigarettes écrasées,
les notes de piano
qui déchirent les poumons.
Le téléphone
commence à sonner.
Alors, sans cesse,
refaire
l'avoir été
de la fin de l'été.
Refaire
le devenir
qui s'englue,
patauge
dans un présent
purulent.
Et en même temps,
sentir pousser
les ailes
d'un avenir lointain,
mort-né,
qu'il faut s'appliquer
à réanimer.

Paris-Laragne

La vie est ce fleuve
qui passe vite,
écarlate,
intrigué,
dément.
Du quai, impuissants,
on voit passer
les bateaux-mouches
avec des gens dedans.
Le temps continue.
Roule.
Tempête.
Se calme.
Sur les plages,
bronzent des oreilles
tranquilles,
percées de boucles
dociles.
Dans la tasse
dans les mains
dans la tête
le lait mousse
en ondes blanches
subtiles.
On boit.
Plus loin,
la chouette attend,
suspend son cri,
plane dix mètres
et reprend.

Tourner la tête

Un squelette
à lunettes
me fait de l'oeil
sur l'étagère.
Je digère ma nuit de songes
coquins.
Crapule de toi
qui me fait rêver
que je rêve
de toi.
Passons.
Savourons.
Pégase,
aluminisé jusqu'au bout des ailes
décolle
du piano.
Rencontre un robot
hilare,
lumineux et confiant,
qui sourit, béat.
Ses oreilles boulonnées
clignotent :
il a dû passer ces dernières heures
avec robote.
Lui faire des câlins
trempés d'acier,
de rondibelles
et de bras-de-fer.
Je m'installe en face,
le regarde dans les yeux
et lui demande :
"Toi, c'était comment ?"
Il a l'air content...
Pégase émoustillé
rate son survol
des partitions.
Atterrit sur le crâne
de chevreuil
qui fait demi-tour,
bêle
et me dit :
"Garde tes rêves
de la nuit.
La vérité te viendra
à midi."