RESEAU

mercredi 30 avril 2014

Brautigan Contest Courts #06

Cher Escargot de pluie,

Est-ce que tu pourrais éviter de traîner la nuit dans des rues de montagne peu sûres, de surcroît complètement bourré avec une glissade hésitante, à la recherche d’une hypothétique nana escargote qui elle reste bien au chaud de sa feuille de rhubarbe et a compris que les chemins de traverse n’existent pas, et que sur le goudron on se fait écraser à coup sûr ?
Je suis obligée de zigzaguer en bagnole et je risque à tous les coups de me mettre dans un ravin…  A cause de toi, une  espèce de limace qui a fait péter son plan d’épargne- logement et s’est offert un petit pavillon portatif, toi qui a « Fâis Cônstruire »…
Le nomadisme c’est bien à condition de pouvoir virer sa roulotte vite fait en cas de danger, d’allumés cogneurs à matraques… Toi, non, ta roulotte tu la trimballes avec fierté, et balalin par ci, et balalin par là, et crac ! Ecrabouillé, le « Sam suffit », le « Do mi si la do ré » en colimaçon, sous la roue de ma Clio innocente quand je rentre sous la pluie avec une seule idée, être au sec dans mon pavillon à moi.
Je déteste écraser les escargots, le craquement de leur coquille sous mon pied me désole, alors sous une roue de voiture, je  préfère ne pas y penser.
Dans la hiérarchie des bêtes, l’escargot est plus bête que certaines bêtes : on construit paraît-il des crapauducs, pas des molluscducs ! C’est inhumain ! Enfin, ingastéropodain ! C’est ça le fond du problème : tu es imprononçable, baveux, sauvage, hermaphrodite, bref pas comme tout le monde. Alors que le crapaud, lui, avec ses petites pattes rondes et ses petits doigts nous ressemble vachement, on dirait un petit fœtus sorti un peu trop tôt, mais que sa mère aime déjà.  Va t’identifier à un escargot, essaie de te déplacer en rampant sur le ventre ;  alors que toutes les mères appellent tôt ou tard leur bébé « ma grenouille «  (moi aussi ).
Pourtant, le premier mot de mon fils a été : « … Cagot » en me montrant l’escargot qu’il venait de trouver.
Pas « … Nouille ». Encore heureux.

Hélène S.
Saint-André de Rosans
Hautes-Alpes


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