RESEAU

vendredi 11 avril 2014

Emmanuel Merle


Emmanuel Merle est né en 1958 à La Mure et vit à Grenoble. Auteur de nombreux recueils de poésie et d'un recueil de nouvelles, les prix Kowalski et Théophile Gauthier lui sont décernés en 2007 pour Amère Indienne, ainsi que le Prix Rhône-Alpes du Livre en 2008 pour Un homme à la mer. Ses écrits, poèmes et nouvelles, paraissent régulièrement dans différentes revues en France et à l'étranger, notamment aux États-Unis.
Enseignant de français et de latin depuis 1981 au lycée et en classes préparatoires en Isère, Emmanuel Merle est venu tardivement à l’édition. Après avoir publié un recueil de nouvelles, il choisit le genre poétique pour s’exprimer. En l’espace de cinq ans, il fait paraître six livres de poèmes. Ses influences sont à chercher outre-Atlantique chez Jim Harrison, Richard Hugo et Richard Brautigan.
C'est après un voyage aux Etats-Unis qu'Emmanuel Merle écrit l'ensemble des poèmes qui deviendront le recueil Amère indienne : voyage au coeur des Etats-Unis pour aller enfin voir par lui-même si la réalité ressemble bien au Far West d'Hollywood qui a marqué son enfance. Et les Etats-Unis, c'est bien d'abord une rencontre merveilleuse avec des paysages grandioses : “ Je dis souvent que le pare-brise de ma voiture était comme un écran de cinéma”.
Mais les Etats-Unis, c'est aussi, plus profondément, plus obscurément, la rencontre avec l'histoire et la souffrance d'un peuple bafoué dont l'écriture doit évidemment, inévitablement, témoigner.
Ainsi, à l'instar de Richard Hugo,"quand on écrit, on est ici en ayant l'impression d'être ailleurs "


La poésie d'Emmanuel Merle est d'un lyrisme retenu, économe de ses moyens et pour tout dire d'une humilité de bon aloi qui lui fait fuir et redouter toutes les complaisances auxquelles il est bien facile de succomber. Telle est la condition de l'exigence, quand il s'agit d'écrire et partant d'adresser à quelqu'un sa parole : ainsi se réalise l'équilibre si souhaitable entre le respect dû au lecteur et celui qu'on se doit à soi-même.
Pour lui, la poésie est un don. Celui qui peut amener l'autre près de soi.

Emmanuel Merle “s’inscrit dans cette lignée de poètes, parmi lesquels Baudelaire et Bonnefoy, qui ont réinterrogé la relation de l’homme avec le réel et avec son semblable, en acceptant les incertitudes de la présence, la brûlure et la finitude de la vie, les limites de la langue, les vacillements de l’humaine condition “. Sylvie Fabre G

Créer, c’est alors, peut-être, tenter d’être ( un peu plus, un peu mieux ?) humain.
Il ne conçoit pas non plus l'écriture sans adresse. Mais, toujours, avec une tentative de casser l'harmonie du langage.

Bibliographie

Nouvelles
– Redwood, Gallimard, 2004
Récit
– Chien-Brun, lettre à Jim Harrison - Pré Carré Editeur, 2012
Poésie
– Amère Indienne, Gallimard poésie, 2006
– Un homme à la mer, Gallimard poésie, 2007
pour ces deux derniers recueils le prix Kowalski de la ville de Lyon, le prix Théophile Gautier de l'Académie Française et le prix Rhône-Alpes du Livre.
– Pierres de folie, éditions La Passe du Vent, 2010
– Boston, Cape Cod, New-York - poèmes - Pré Carré Editeur - décembre 2010
– Ce qui parle - poème - avec une gravure de Marc Pessin - Editions Le Verbe et l'Empreinte - décembre 2010
– Ecarlates, recueil de poèmes, avec 4 monotypes de Jackie Plaetevoet, éditions Sang d'Encre, mars 201
– Ici en exil - recueil - Editions L'Escampette - septembre 2012
– Schiste, Editions Alidades - septembre 2013
– La chance d'un autre jour, conversation poétique avec Thierry Renard - La Passe du vent - 2013
– Le musée clandestin - Pré Carré éditeur - 2013
Parutions en revues
Encres vagabondes - NRF - Brèves - Diérèse - Bacchanales - Terre de femmes - Place de la Sorbonne - Voix d'encre
Parutions en revues à l'étranger
Salamander - Bitter Oleander - The Straddler - Consequence Magazine - Upstreet
Collectifs
– L'année poétique 2007, Seghers
– Rousseau au fil des mots - Editions La Passe du Vent, 2012
– A partir d'un rien - Semaine de la poésie de Clermont-Ferrand - Editions La Passe du Vent, 2012


Extraits

L'oiseau volait devant nous à hauteur d'homme,
maîtrisant son envergure, comme s'il saisissait
notre regard,
et nous le suivîmes, volant à notre tour,
dans une embrasure du ciel ouverte soudain
par un cri présent, rauque et rouge
Les montagnes, les lacs, les arbres,
hiers et lendemains mêlés, lavaient
de bleu et de vert l'horizon qui saignait.


“Une griffure sur le ciel
un chant rugueux au bord du monde
un cri de peur de la mort
et c’est la vie qui gravit”

Emmanuel Merle - Ici en exil, p 64, L’Escampette Editions


“Ce qu'il faut...”

Ce qu’il faut:
une terre vaste, et une route.
Quelques champs bosselés à l’herbe drue
et rase, comme des crânes de condamnés,
et la route, une cicatrice disparaissant,
réapparaissant, glorifiée d’une solitude
ocre et lumineuse.
Car c’est presque le soir:
l’après-midi tutoie sa fin,
un moment issu d’une si longue pratique
que, sur cette terre, tout est tendu
et plein, et ramassé, en attente d’un bond
toujours possible, toujours remis.
Les montagnes jaillissent immobiles,
des effrois, des nœuds de pierre.
Il faut un ciel,
qu’à l’observer on sente une dérobade,
un exil à portée de vue, une promesse
et son écharde.
L’eau est rare, mais une demeure
est là, et son enclos qui la sépare
du vide.
La vie est sous-entendue mais possible.
Et d’ailleurs des êtres, sachant l’obscurité prochaine,
sortent sur le porche, et l’un prend
la main de l’autre,
pour suspendre le jour.

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