RESEAU

mardi 24 juin 2014

Laragne Touristique








Laragne touristique


 I) Le phare

Dans un précédent article sur le port, j’ai omis de parler du phare, ce dont certains lecteurs m’ont fait reproche en toute gentillesse. Cet oubli fut volontaire, car il faut dissocier l’histoire du phare de celle du port.
                Lorsqu’il est question du phare, tout laragnais « de souche » sait bien sûr ce dont il s’agit mais nos hôtes de passages ou nos concitoyens de fraîche date pensent sans doute qu’il s’agit de l’assemblage hideux de poutrelles peinturlurées de gris qui soutiennent une lanterne électrique dont les clignotements verdâtres démarrent dès la tombée de la nuit.
                Eh bien ! En dépit du fléchage stupide qui les conforte dans leur ignorance (et hérisse la plupart d’entre nous)  il n’en est rien ! Le seul, l’unique, le véritable phare de Laragne se dresse en effet à quelques mètres de là, et la jetée l’englobe en partie.

Historique :

             Déjà, en 1120, le phare de Laragne (Aracnaeum) est mentionné dans des documents ecclésiastiques : l’évêque d’Embrun procède à la bénédiction de l’édifice lors de sa restauration. On peut donc raisonnablement penser qu’il y avait là une construction antérieure datant probablement de l’époque augustéenne, mais rien ne venait étayer ces affirmations jusqu’à une époque récente.
             Or, en 1971, les travaux entrepris pour l ‘assainissement de la plage située au sud-est de la jetée, mettent à jour un alignement de pieux (datés du néolithique moyen) recoupé par un ouvrage de maçonnerie, en bel appareillage, qui se termine sous l’actuelle jetée.
              Les fouilles entreprises en 1972 et 1973 avec des moyens importants, permettent de dégager les soubassements d’un temple antique qui servit d’assise au phare, le rivage se situant à cette époque à plus de deux cent mètres de celui que nous foulons actuellement.
              Le musée de Gap abrite d’ailleurs le très belle mosaïque d’Arachnea (dont le culte venu d’Orient est connu sur l’ensemble du pourtour méditerranéen) mise à jour à cette occasion, ainsi qu’une belle collection de poteries (remarquer surtout les vases de facture ibérique et l’importante collection d’ex-voto trouvés in-situ).
               Cette découverte devrait d’ailleurs clore les discussions sur l’origine du nom de « Laragne » : divers auteurs le faisaient  dériver d’une auberge mythique qui se serait tenue sur les bords de la route. Il apparaît que ce nom vient de la plus haute Antiquité : Arachnea est l’hellénisation d’une déesse du panthéon perse que les contemporains d’Alexandre assimilèrent aux Parques, ces fileuses qui tissaient la destinée des hommes.
             Au cours des siècles, l’invasion progressive de la mer protégea la construction des débordements de la christianisation. Y avait-il déjà à l’époque de ce temple une activité maritime ? Rien ne permet de l’affirmer, même si les fouilles entreprises par le préfet Ladoucette à la Bâtie-Montsaléon mirent à jour un fragment de stèle votive, très abîmé, dont l’inscription est interprétée comme un remerciement à Neptune « par les nautes du port ». La suite de la dédicace fait défaut, mais le port le plus proche de la Bâtie-Montsaléon ne saurait être que celui de Laragne.
            En 1791, les cloches des églises de Mison et de Laragne (que la Convention veut fondre pour en faire des canons)  sont déposées et cachées dans la maçonnerie que les travaux de construction de la jetée royale ont simplement « englobée ».
                En remerciement, le clergé finance l’érection d’un phare véritable  (voir plans et délibérations au musée local) « en pierre de Guillestre et marbre du Queyrois »–sic- mais le projet n’aboutit pas du fait de fortes dissensions entre les personnalités locales. Il faut attendre 1976 pour qu’enfin une construction signale le port au moyen d’un fanal électrique.

Pour découvrir le phare : s’avancer sur la jetée jusqu’à l’endroit où débute l’enrochement des blocs brise-lames. On détectera alors une rupture tant dans la facture que dans l’alignement de la maçonnerie : il se produit un infléchissement de la jetée vers l’intérieur : c’est l’emplacement exact du véritable phare de Laragne.
              Une gravure de 1712 (musée local) montre d’ailleurs qu’à cette époque, une excroissance cylindro-conique d’environ deux mètres de haut ne laissait aucun doute sur sa nature. Cette excroissance disparut par la suite, lors des travaux de réfection de l’époque napoléonienne.
Pour en savoir plus :

« Le phare de Laragne » Col.Dusabre. Ed « Prestiges de France » 1976 (épuisé)
« Pittoresques Alpes du Sud » Ed. Duchemin 1916
« Fouilles du phare de Laragne » Marcel Chabrette. Soc.d’Etude des Hautes-Alpes. 1978


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