RESEAU

mercredi 11 juin 2014

Trobadors : Jordi de Sant Jordi

Jordi de Sant Jordi, chevalier et écrivain valencien, né dans le royaume de Valence, probablement à la fin du XIVe siècle, et mort vers 1424, amorce le Siècle d'Or valencien
Poète éminemment courtois, il fait partie du groupe de jeunes écrivains qui célèbrent la reine Marguerite de Prades, veuve de Martin Ier, à laquelle il consacre quelques-uns de ses poèmes les plus solennels, comme Midons et probablement les Vers libres (Estramps)
Ses poésies, qui se résument en tout et pour tout à dix-huit compositions, abordent essentiellement le thème érotique, selon les canons de l’amour courtois des troubadours, qui étaient encore à la mode dans les milieux post-féodaux, ou pré-renaissants, de Catalogne.
Son plus beau poème, véritable joyau de la poésie lyrique catalane, les Vers libres, s’ouvre, avec des vers solennels et sonores, sur l'image des traits de la dame fixés sur la rétine de son amant mort. ( Source, Wikipedia )

Vers libres

Je porte au front votre belle semblance
De qui mon corps, nuit et jour, fait grand fête,
Car j’ai tant miré votre doux visage
Qu’il en reste en moi, gravée, une empreinte
Que même la mort ne peut effacer :
Quand je serai tout entier hors du siècle,
Ceux qui mon corps porteront au sépulcre
Verront votre signe inscrit sur ma face.

Comme un enfant contemplant un retable
Reste à fixer les couleurs des images
Dont rien ne peut tant l’or qui l’environne
Lui donne joie distraire son coeur pur,
Ainsi captif, devant l’amoureux cercle
De votre corps que tant de charmes ornent,
Je le contemple et, plus que Dieu, l’admire,
Tant suis joyeux d’amour qui me pénètre.

Ainsi me prend et m’enchaîne en sa chartre
Amour ardent, comme si dans un coffre,
Tenu sous clef, tout mon corps fût enclos,
Sans avoir lieu pour remuer les membres.
Car cet amour qui pour vous s’affermit,
Belle, pour tant qu’il me donne d’angoisse,
Point ne vous quitte, et, comme tour, s’érige
Dans votre amour seul, ô colombe blanche!

Belle sans rivale et Présence noble,
Dieu fit votre corps plus beau que tous les corps,
Riant et doux, éclairant comme gemme ,
Fait d’un amour plus pénétrant qu’étoile.
Quand je vous vois, parmi les autres femmes,
Vous me semblez, comme fait l’escarboucle
Qui en vertus passe les pierres fines,
Les surpasser, comme autour vainc l’esmirre

De toutes parts, mon amour est viril,
Tel que nul homme, en son coeur, ne vous l’offre.
Si fort amour, d’un dard m’ouvrant le coeur,
Que fut jamais en nul homme en nulle âme.
Mais, plus troublé que ne fut Aristote
D’amour qui ard et défait tous mes sens,
Comme un bon clerc, que sa cellule hante,
Je reste à vous comme le doigt à l’ongle.

O Corps d’honneur, sans péché ni mensonge,
Ayez pitié de moi, Dame si belle,
Et ne souffrez qu’un tel amant périsse.
Plus ferme amour ne vous fia nul homme.
Je vous supplie : vous êtes le bel arbre
De tous les fruits, où Valeur vient prendre ombre.
Retenez-moi dans votre bonne chambre,
Vôtre serai tant que vis et vivrai.

Envoi :

Riche joyau, vous l’emportez sur toutes
Femmes couchées au registre du monde.
En vous, toujours, naît et reprend naissance
Beauté, vertu, plus qu’en Penthésilée
Traduction René Nelly
          Estramps
Jus lo front port vostra bella semblança
de què mon cors nit e jorn fa gran festa,
que remirant la molt bella figura
de vostra faç m'és romasa l'empremta
que ja per mort no se'n partrà la forma;
ans quan serai del tot fores d'est segle
cells qui lo cors portaran al sepulcre
sobre ma faç veuran lo vostre signe.
Si com l'infants quan mira lo retaule
e contemplant la pintura ab imatges
ab son net cor, no lo'n poden gens partre
- tant ha plaser de l'aur qui l'environa -;
atressí em pren davant l'amorós cercle
de vostre cors, que de tants béns s'enrama,
que mentre el vei mas que Déu lo contemple;
tant hai de joi per amor qui em penetra!
Així em té pres e lliats en son carçre
amors ardents com si estés en un cofre
tancat jus claus e tot mon cors fos dintre,
on no posqués mover per null encontre.
Car tant és grans l'amor que us hai e ferma
que lo meu cor no es part punt per angoixa,
bella, de vós, ans estai ferm com torres
en sol amar a vós, blanxa colomba.
Bella sens par ab la presençanoble,
vostre bell cors, bell fec Déus sobre totes,
gais e donós lluu plus que fina pedra,
amorós, bells, plus penetrants que estella;
d'on, quan vos vei ab les autres en flota
les jutge menys, si com fai lo carboncles
que de virtuts les fines pedres passa:
vós ets sus lei com l'astors sus l'esmirle.
L'amor que us hai en totes les parts mascles
no foncs jamais en null cors d'hom ne arma,
¿quan no n'amec pus coralment nulls hòmens
tan forta amor com cesta que el cor m'obre?
Mas sui torbats que no fonc Aristòtils
d'amor qui m'art e mos cinc senys desferma,
co'l monjos bos que no es part de la cetl.la
no es part mon cors de vós tant com dits d'ungla.
Oh cors d'honors, net de frau e delicte!
prenets de me pietats, bella dona,
e ne sofrats que's amant-vos peresca,
per què eu vos am mais que nulls homs aferma;
per que us suplei, a vós, que ets le bells arbres
de tots los fruits on valor grans pren sombra,
que em retenyats en vostra valent cambra,
pus vostre sui e serai tant com visca.
Tornada
Mon ric balais: cert, vós portats lo timbre
sus quantes són e'l mundanal registre
car tots jorns naix en vós cors e revida
bondats, virtuts, més que en Pentasilea.


Jusqu'au XXe siècle, les linguistes mettaient l'occitan dans l'ensemble gallo-roman. Aujourd'hui ce découpage n'est plus pertinent puisqu'il place l'occitan et le catalan dans deux espaces linguistiques distincts (respectivement le gallo-roman pour l'occitan et l'ibéro-roman pour le catalan), alors même que ces deux langues sont extrêmement proches au niveau linguistique et ne forment même qu'une seule langue jusqu'au XIIIe siècle. Certes, l'occitan partage de nombreux traits avec le gallo-roman, voire avec l'italo-roman septentrional, mais depuis les travaux de Pierre Bec, on considère que, dans l'ensemble de la Romania, la langue occitane forme avec le catalan un sous-ensemble spécifique appelé occitano-roman.
(Source, L'occitan, une langue, du latin aux langues romanes )



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