RESEAU

mardi 27 mai 2014

Quand Georges Badin rencontre Emmanuel Merle

 


Né le 13 mars 1927 à Céret, Georges Badin se consacre d’abord à l’écriture (Publications au Mercure de France, Cahiers du Sud) puis à la peinture accompagnant des textes de Georges Emmanuel Clancier, Robert Marteau, Michel Butor, Emmanuel Merle.
Usant ensuite à la fois du mot et de la couleur, il peint des toiles libres (sans châssis) qui vont au-delà de ce que le texte peut exprimer. En 1968 il est à l’origine, avec Michel Vachey et Gérard Duchêne, de Textruction, mouvement proche de Support-Surface.
La peinture de Georges Badin, qui déserte l’abstraction, ne propose pas pour autant des ressemblances immédiates avec le monde connu mais ouvrent des horizons nouveaux. Des émergences fugaces
de silhouettes, courbes de collines ou de corps, fleurs ou plutôt floraisons, affleurements, flottements de mers entrevues, défient les limites du regard et de la pensée.
Georges Badin a été conservateur du musée de Céret de 1967 à 1987



Extraits de Tessons, par Armand Dupuy
 
A travers texte et peintures, Georges Badin arpente un lieu d’enfance, le lieu dit La Clapère, selon  trois angles d’attaque : le regard de l’enfant, du poète et du peintre. Cette traversée des lieux communs - « lieux » au pluriel , sans doute, parce que La Clapère est un vivier, les expériences sensorielles semblent s’y multiplier - forme alors une sorte de triptyque dont les panneaux s’avalent mutuellement. Inclusion réciproque du regard de l’un dans l’autre. C’est ainsi l’enfant dans le peintre que nous entendons, ou le peintre dans le poète, ou l’inverse. Ou tout autre chose encore.
Accueillir ce texte et ces peintures sur Tessons, c’est rappeler l’estime que j’ai pour le travail de Georges. Pour son engagement radical dans la peinture. Il s’agit d’un travail qui est, à mes yeux, une véritable prise de risque : Georges, bien souvent, déjoue la séduction, se contentant de peindre à toute vitesse, sans égard pour le « spectateur » ni pour ce que ses peintures lâchées pourraient renvoyer de lui-même. Mais ne pas trop en dire. Aller vers les souvenir. Avancer vers la « fabrique » d’un regard.

Pourtant la lumière

" Pourtant la lumière", publié aux Editions de la collection Mémoires d'Eric Croisel, reprend des poèmes manuscrits d'Emmanuel Merle et des peintures originales de Georges Badin.

Pourtant la lumière

"Les courbes épaisses des nuages
on dirait un avenir délaissé
l'immense nuage d'un possible
instantané.
Les oiseaux les dernières branches
les mains levées
toutes ces lignes de partage des eaux et de l'air
sont des désirs de passage
vers ce qui n'est pas ailleurs
mais une carrière mentale
où nous attendent des pierres levées.
Tout est vibration
la peinture en témoigne qui dit l'être
par la couleur.
Ce qui vibre n'a pas besoin de forme
l'insuffisance des mots immobiles au bord du monde
dans le vide la lumière frémit
palpite
la lumière
le pouls désordonné."

Emmanuel Merle








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