RESEAU

mardi 6 mai 2014

Les avances de février

Cette joie de redescendre dans les arbres éclairés d'orange. Le paysage a le chapeau de l'automne mais les pieds de l'hiver, et je me laisse glisser dans la neige pour descendre les sentiers encore saupoudrés d'aiguilles. Le printemps, pourtant, sur ses clochettes violettes qui jaillissent chaque fois qu'un bout de terre apparaît, est déjà ici, et ses chants l'annoncent, comme une fanfare pianissimo dont on entendrait vaguement le bruit avant de pouvoir la voir. Et il y a cette tiédeur, cette tiédeur magnifique dont je n'ai jamais retrouvé ailleurs l'harmonie, cette tiédeur qui s'accorde tout à fait à vos sentiments, prêts à la sérénité, alors que vos jambes fatiguées se laissent aller toutes seules sur les chemins. Elle est chargée, je crois, dans la lumière qui enveloppe tout d'un halo ; car l'ombre remonte déjà sur les pentes alors que le bas de la vallée est déjà plongé dans la fraîcheur du soir. Nous nous apprêtons à rejoindre ces pentes obscurcies. Les pierres qui tout le jour se sont gorgées de chaleur rendent à la fin d'après-midi ce que le soleil leur a offert ; l'air tremble au dessus d'elles et on voit apparaître dans les rhododendrons encore verts, tout ratatinés, ces mirages qui ont lieu dans les déserts ; ici, ils viennent en montagne ; quelle particularité des févriers chauds, cette double présence de la terre et de la neige, du soleil et du froid, de la tiédeur et des cristaux ; les télésièges, en bas, sur les pistes, roulent encore sur leurs câbles alors que les bas côtés dégorgent leurs mousses d'hiver et que pointent à travers les arbres morts les prémices de petits bourgeons ; quelle particularité de ces févriers-là, les pentes qui partagent l'ombre et la lumière, tout au long du jour ; les sources qui hésitent entre l'eau et la glace et dont l'esprit fou donne de somptueuses sculptures, comme taillées par une main divine. Les branchages d'un sapin pris dans un ruisseau se sont recouverts de glace ; j'en frappe le sommet, le moulage de cristal se détache et en hôte fidèle garde la forme de la matière qu'il a invitée dans ses multiples doigts de givre ; la plante est ainsi fossilisée ; les promeneurs hésitent, eux, entre les bas sentiers, monotones, et la sauvagerie des hauts chemins qui pourraient vous emporter dans le coulis d'une avalanche. Mais la neige est dure, tassée, matelassée par le vent ; les congères ont formée à sa peau tendre une couche protectrice qui sous le pied casse comme du verre et s'enfonce en craquant. Et vient le soir, aux toutes dernières lueurs, avant le chien et loup, le mauve, ses nuances, qui crient le crépuscule.

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